Lapsus 15/02/2023
Spécial colloque
Quelle incidence de la dépathologisation dans la clinique ?
Par Odile Carissan
Cette question n’est pas sans lien, nous semble-t-il, avec le titre d'un numéro de Charlie Hebdo de Janvier 2016 cité par Alexandre Stevens dans sa conférence « Fabriquer une institution pour le sujet »[1]. Le voici : « On transforme les enfants turbulents en enfants handicapés. De l’agitation au handicap par un simple traitement pavlovien ».
S’appuyant sur ce titre, Alexandre Stevens nous questionne : quel projet a-t-on pour ces enfants ? « Est-ce que l’on veut leur donner la possibilité de traiter la jouissance qui les saisit ? » par un travail de traduction de celle-ci et, peut-être, permettre la fabrique d’un symptôme, c'est à dire, d’une "manière de faire avec ça" ? Ou vise-t-on « juste l'apaisement » et avec lui, le classement dans une case, celle de la débilisation, du handicap, où l’on produit alors le déficit nous dit-il, comme corollaire de la dépathologisation.
Ceci se traduit pour lui par le choix entre deux pratiques distinctes, dans le soin, auprès des enfants : celles, à l’instar des techniques cognitivo-comportementales, qui utilisent un modèle applicable à tous certes adaptables au cas par cas, mais orientées par le déficit ; ou une pratique qui part du symptôme du sujet, de ce qui ne va pas pour lui, de ce qui le divise ou l'envahit et de ce qu'il produit de singulier : soit une clinique psychanalytique.
Ainsi dans nos pratiques, pouvons-nous viser l'apaisement par des pratiques comportementalistes, qui tendent à réduire une manifestation, un symptôme gênant, à le rendre silencieux; ou alors pouvons -nous œuvrer dans le sens d'un travail de singularisation, peut-être plus bruyant, plus coûteux pour le praticien parce qu’il s’agit d’y mettre du sien dans un dispositif guidé par une psychanalyse subversive !
Il s’agit donc pour la psychanalyse lacanienne, et comme nous y invite Eric Laurent[2], de ne pas essentialiser, à l’image du lit de Procuste dans lequel tous les cas [devraient] passer, mais de singulariser, de passer d’un « vous n’y êtes pour rien »[3] à un « vous pouvez y être pour quelque chose »
Ainsi pouvons-nous entendre la dimension créative de ce petit patient en consultation qui ne dira pas, à l'instar de ce que dit de lui l'Autre médical, « je suis TDAH » , mais « je suis chiant !»
[1] "Une institution pour le sujet", A. Stevens, conférence du cycle L'institution à l'envers et à l'endroit, conférence prononcée le 9 avril 2016 à Toulouse, et publiée dans la revue Nouage – 06.
[2] « La dépathologisation de l'autisme par le neuro et la nôtre », Eric Laurent, in Quarto, décembre 2022.
[3] « La Thèse neuro : pathologisation généralisée et démocratie sanitaire », Hervé Castanet, in Quarto juin 2022.